Écho populaire

L'Écho réverbère ; il éclaire ; P p. P ...
28 février, 2006
Pour en finir du négativisme.
ppp@videotron.ca

FINAL

« Cent fois remet ton travail sur le métier. » Tous connaissent cette maxime. Le développement d'une pensée, aussi originale que possible, demande un effort à contre-courant, qui ne présente pas des réponses toutes faites. Vous dire la difficulté de rechercher des suggestions inédites à des problèmes récurrents relève de l'euphémisme. Tout notre corps veut s'en éloigner mais notre conscience nous y replonge, sans cesse.

L'on peut vouloir se dire « Assez du négativisme ! », on passe à des choses constructives. Mais qu'est qui est constructif ? Il y en a si peu qu'il faut le chercher, l'inventer, emploi difficile. Le texte d'aujourd'hui sert encore de prélude au suivant. Les situations nous forcent à faire des constats négatifs et pénibles en premier pour aborder les suggestions ou pistes de solutions — acte concret — dans un cadre différent sinon les idées s'entrechoquent.

Nous terminons ce mois de février sur la même voie qu'il a commencé ; dans la désolation. Peu de réactions à date aux articles de ce mois si ce n'est un commentaire élogieux de Bernard Bujold — Nouvelles brèves — en en-tête du site, 28 fév. 06. Nous reviendrons sur plusieurs des points soulevés dans les deux textes précédents. Et tout particulièrement sur la nécessité de prendre du recul avant de s'interroger sur les événements récents. À contrario, notre nez ne s'y aura jamais autant collé mais, à notre défense, ils s'inscrivent dans une longue lignée.

En psychologie, on définit le négativisme en une résistance pathologique, active ou passive, à toute sollicitation interne ou externe. (mediadico.com) On résiste à tout changement positif se réfugiant dans sa bulle, fuyant le défaitisme ambiant, mais on ne l'évitera pas aujourd'hui. Trois autres exemples, parmi d'autres, pour encore nous désoler : le remaniement ministériel, la réforme du mode de scrutin, les tramways de Tremblay annoncés à Paris.

Qu'on veuille passer à des choses positives, notre actualité quotidienne nous ramène à un plus triste sort. L'exer­ci­ce n'est pas totalement futile car il faut bien prendre acte de l'imposture qui foisonne voire s'amplifie. Mais tout n'est pas négatif quand on va à la recherche d'âmes semblables, celles qui dénoncent mais aussi proposent des solutions. L'article suivant s'y penchera, empruntant des sentiers peu explorés, non faciles, or plus fructueux.

Mini-remaniement ministériel
Hier donc, Jean Charest aura encore réussi à se mettre tout le Québec à dos dans un exercice qui « n'est pas non plus de la physique nucléaire », Vicent Marrisal, La Presse, 28 janvier. En rétrogradant Thomas Mulcair, son fougueux ministre de l'environnement à un sous-emploi « C'est comme si Bob Gainey offrait à Guy Carbonneau le poste de préposé à l'équipement. » sic Toujours dans la même édition : « Rien ne va plus à la Société des alcools, le projet du nouveau Casino bat de l'aile, celui du CHUM est sur une voie de garage, les permis de conduire vont augmenter et plusieurs ministres utilisent l'avion de façon abusive. » Denis Lessard, sic

On ne pourra accuser « La grosse presse » de sauter vite aux conclusions, elle sert ses intérêts. En politique, tout n'est pas noir sur blanc et il faut faire des recoupements. Les auteurs d'une biographie sur Jack Lang écri­vaient de son patron François MitterrandI « En vieux renard politique, il sait qu'il vaut toujours mieux des verba qui s'envolent au premier vent contraire que des scripta qu'un petit malin risque de nous remettre sur le nez. »

Pourtant encore aujourd'hui, Jean Cournoyer de CKAC, partisan auto-proclamé de faits vérifiables, pourfendait en onde toutes les analyses claires ou rapprochements. Les appelants parlaient d'une chaîne des événements qui ne ment pas, Séguin à été sacrifié l'an dernier, Mulcair cette année et Jean Charest de « menteur invétéré », tous fabulaient aux yeux de Cournoyer. Pourtant lui-même disait en analyse : « L'affaire du Mont-Orford, c'est fort possible que Mulcair ait gagné mais quand tu gagnes contre ton PM, c'est toujours une victoire courte. »

Seul un appelant anglophone a trouvé grâce qui, en se désolant du départ de Mulcair, déclarait « La seule chose qu'il a fait de répréhensible (bêtise), c'est d'avoir attaqué Dion publiquement en déclarant ; « Je comprends les indépendantistes avec Stéphane Dion. » Il éclipse tout ceux qui lui portent ombrage et qui se dressent contre Ottawa. » L'ex-conservateur Charest, un fédéraliste de service au Québec, se serait mis au service de Harper.

Mais pourquoi nier l'évidence ? Jean Charest ne comprend rien du Québec, que les intérêts financiers qui peuvent rapporter. Sa nouvelle recrue, Raymond Bachand, pour qui tout ce manège a été fait, semble être sorti du même moule. Changeant d'allégeance politique au gré des intérêts, du PQ au PLQ, du Fonds de Solidarité de la FTQ à la présidence de Sécor — passer de ses relations tendues avec Henri Massé pour se jeter dans les bras d'un Marcel Coté, valet de service de la haute finance du Québec — l'homme est à la solde du plus offrant.

Comme si le spectacle n'était déjà pas si désolant pour Charest, il compte maintenant dans son caucus plusieurs ex-ministres déchus des Thomas Mulcair, Pierre Reid au Jacques Chagnon ou des ministres sans envergure des Carole Théberge, Jacques Dupuis, Henri-François Gautrin, etc. Mais pourquoi vouloir faire de la politique quand c'est pour faire le vide d'idées et de s'entourer d'insignifiants ? Ça ne peut être que pour des motifs inavouables.

Réforme du mode de scrutin
Benoît Pelletier, autre ministre sans envergure dans la belle écurie libérale provinciale, pilote présentement une révision de la loi électorale où l'on combinerait une proportion mixte de députés nommés à la proportionnelle (50) à une proportion toujours élue (75+2) au mode de scrutin actuel (uninominal majoritaire à un tour). D'ailleurs, le sociologue Pierre Drouilly de l'UQÀM en fait une excellente analyse dans Le Devoir d'hier et d'aujourd'huiII.

Grosso modo, les Libéraux proposent un découpage territorial du Québec en 25 districts de 3 comtés où l'on continuerait à élire 75 députés plus 2 autres élus dans des comtés extra-territoriaux et auxquels viendraient se greffer 50 autres députés élus à la proportionnelle à partir d'une liste dans chaque district pour atteindre ainsi 127 députés. Le système actuel tend à grossir les majorités mais de la sorte, ajoute à la stabilité des gouvernements.

Le mode de scrutin proposé gomme les mouvements de l'opinion publique en diminuant les majorités mais les Libéraux auraient toujours été majoritaires lorsqu'ils ont remporté les élections depuis 76 mais des quatre élections du PQ, deux leur auraient mérité des gouvernements minoritaires, en 76 et en 89. La question posée par Drouilly est est-ce qu'un René Lévesque aurait pu réaliser tout ce qu'il a fait dans son premier mandat ?

Poser la question, c'est d'y répondre. Et Drouilly relève la plus grande faiblesse de la proportionnelle : « le défaut rédhibitoire de tout système proportionnel, qui est un scrutin de liste, est de permettre aux vieux caciques des partis de ne jamais être sanctionnés par le vote populaire, puisque leur pouvoir interne au sein des formations politiques leur garantit des places éligibles en tête de liste de leurs partis, et donc d'être élus et réélus indéfiniment. » C'est ce qui a permis à un Jack Lang, par exemple, à ne pas se présenter aux élections quand sa réélection n'était pas garantie mais de plutôt se faire ajouter à la liste électorale et de se voir attribuer un poste au gouvernement, même dans l'opposition, pour ainsi assurer sa pérennité dans le paysage politique français.

Comme on le voit, la révision proposée par les Libéraux n'apporte aucune amélioration, pire elle est étrangement plus nuisible quant à ses effets. C'est une réforme par les élites pour les élites, pour s'assurer une mainmise encore plus grande sur l'appareil gouvernemental. Mais qu'est qu'on peut être « ratoureux » dans ce parti !

Les tramways à Tremblay
Le tableau ne serait pas complet sans glisser un mot sur l'annonce surprise de doter Mon­tréal de tramways de Gérald Tremblay lors de son voyage à Paris la semaine dernière. Il garantit même qu'une première phase au coût de 500 millions sera réalisée avant la fin de son mandat en 2009. Et dire qu'il a fait campagne il y a seule­ment quelques mois uniquement sur la saleté et les nids de poule de Montréal, sans jamais parler de tramways.

Qu'est qui explique cette fascination soudaine ? N'oublions pas qu'on fait affaire avec un ex-ministre libéral dont l'héritage est la fabulation des grappes d'industries, machin rendu plus crédible puisqu'il avait fait ses études à Harvard. C'est plutôt des cliques d'amis qu'il s'agissait alors et encore plus aujourd'hui. L'homme est soit incons­cient et en lévitation qui ne réalise pas l'affabulation qui le possède ou il croit pouvoir mystifier tout le monde.

Autant l'une comme l'autre possibilité est effrayante. Ce projet est mort-né ou les lobbies du patronage n'ont plus aucune contrainte à leurs fricotages, cause de fracas. Ils devraient se satisfaire à réaliser la Notre-Dame malgré les dépassements, grossissant coûts et profits. Le projet des tramways de Montréal est tout droit sorti des cartons du nouveau parti municipal Projet Montréal, surtout de la tête et du travail de son chef Richard Bergeron.

Il a développé le projet de ses années à l'emploi de l'AMT, lequel travail est devenu plateforme électorale. Il a créé une petite surprise à la dernière élection en réussissant à se faire élire. Les bonzes libéraux sont à l'oeuvre pour récupérer le peu de capital politique que le projet peu rapporter tout en coupant les ailes du nouveau parti. Encore plus consternant a été de voir la naïveté de l'accueil enthousiaste donné au projet par Richard Bergeron.

À mettre dans la balance qu'il perdait son poste à l'AMT une semaine plus tôt selon l'argument qu'il faisait, combiné à son nouveau poste de conseiller municipal, dou­ble emploi dans la fonction publique. Mais Richard Bergeron est proche des groupes de gauche souverainistes (QS) et avait eu son emploi du temps où Florence Joncas-Adenot était présidente et où le PQ était au pouvoir. Il y a longtemps que les Libéraux ont fait le ménage, Joncas-Adenot perdant son poste dans la foulée du scandale des dépassements de coûts du métro de Laval.

Bergeron gagnait en influence et ils devaient aussi le mettre à l'écart. Seule l'inexpérience politique peut expliquer son étonnement du congédiement. Voilà qu'une semaine plus tard, il accueille le projet de son bourreau d'hier comme réaliste et lui offre même de l'aider à le concrétiser. Le compte de l'inexpérience serait ici trop gros à avaler. N'entrerait-il pas tacitement dans l'engrenage du patronage en retour des bonnes grâces des parrains ?

Les requins ont toujours plus faim ! On pourrait continuer comme ça avec la hausse des frais d'électricité, la qua­triè­me depuis janvier 2004 mais le tableau est déjà suffisamment lourd. Les sociétés d'état ne sont « plus des vaches à lait, c'est un troupeau de vaches à lait », Josée Legault, CKAC740AM. Notre monde est peut-être plus corrompu que ne l'était la politbureau de l'ex-URSS dans notre société où tout est jeu d'ombre et d'influences.

Toute corruption conduit à des désordres qu'on ne peut toujours éviter en camouflant ses actes pervers. Le jour vient où repousser les corrections ne se peut plus. La corruption à toujours exister, même si de nobles âmes ont mené contre cette dernière un combat permanent. Sans s'illusionner par trop d'optimisme, des pistes vers des formes originales de pensée et de structuration sociales peuvent causer un renouveau. Nous nous y attarderons.

Paul p. Pluteau/PpP



I Les aventures de Lang de Blois, ENQUÊTES, Marie Delarue, Jacques Grancher, Paris, 1995 ; déjà cité dans l'article Boisclair ; Jack le monologue ; le Jack Lang(ue) de bois du Québec ; Ô malheur, 16 nov. 05.
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