

L'Écho réverbère ; il éclaire ; P p. P ...FINAL
La tribune Écho populaire s'inscrit, malgré sa portée limitée, dans le monde ci-haut titré de merveilleux et plus souvent qualifié de jungle. C'est un maelström où tout s'engouffre, se nourrissant, devenant objet même de la nouvelle. En moins de 15 ans, l'Internet s'y est infiltré mais pas encore totalement installé. Des médias écrits aux médias électroniques, tous rêvent d'exploiter, de disposer du dernier-né. Et s'il n'était sobrement que passerelle ?
Beaucoup d'annonces se sont bousculées durant la dernière semaine dans notre monde médiatique : la fin de l'association vieille de 16 ans de Normand Brathwaive avec CKOI ; le départ de Claude Charron de sa co-animation du journal de 17H00 de TVA pour partir en sabbatique et réaliser son rêve de s'installer à Paris ; pour clore ce bref tableau, mentionnons les ratés de branchements au lancement de pirateradio.com de Jeff Fillion.
Le dernier déclare sur son blogue « Pourquoi avoir choisi Internet ??? La réponse est simple... LIBERTÉ !!! » Va pour la liberté mais encore faut-il savoir comment l'exercer. Du premier, il nous disait qu'on n'avait pas idée à quel point l'affaire impliquant Jean-René Dufort « m'a fait mal et m'a épuisé ». Charron, beaucoup plus serein, excluait tout retour en politique, déclarant qu'il jouissait de beaucoup plus d'influence dans le milieu des médias.
Voilà une assertion maintes fois colportée par nombre d'animateurs et « vedettes » et qui balanceront dans le même souffle n'être que des clowns de service. De l'information spectacle à l'information classique, les médias sont qualifiés de quatrième pouvoir ; « concept recouvrant l’idée d’une forte influence des médias sur les affaires publiques et sur les comportements des citoyens » (MSN). Internet favorise l'avènement d'un cinquième pouvoir ; celui qui permet à tous de communiquer librement sa pensée et ses opinions, droit inaliénable en démocratie.
Avant la révolution numérique, on distinguait trois types de média (presse, radio, télévision) par autant de modes de communication (écrit, son, image). L'Internet en ajoute un quatrième et décloisonne les médias traditionnels. Ils en ont fait un usage en prolongement de leur fonctionnement de base en misant sur les forces respectives. Les diffuseurs monnayeurs ont visé la rentabilité en offrant juste le strict nécessaire. L'adaptation peut et doit élargir les rayonnements par des passerelles qui vont transgresser les barrières naturelles des modes de base.
La mutation à l'Internet doit être pensée à la faveur des utilisateurs. Plusieurs sont mécontents, râlent contre un développement chaotique, tout croche, et contre le manque de protection (virus, vol d'identité, commercialisation). L'explosion des blogues, carnets collés sur les intérêts de chacun, véritables sites Web à contenu très riche pour plusieurs, dicte la voie à suivre. Des communautés d'intérêts se créent. Les blogeurs sont grands supporters d'Internet. Ils saluent l'ouverture à l'interactivité, le recul des frontières du passé, les visas à l'innovation.
Médias écrits et Internet
La presse écrite réagit après coup, à froid, suscite la réflexion en profondeur. L'Internet, à ses premiers balbutiements était aussi, de par ses contraintes de capacité de traitement et de bande passante, un médium basé sur le texte, axé sur la transmission du caractère, le plus petit élément numérisable. L'attrait résidait dans les quantités stratosphériques et à la croissance exponentielle des capacités de retransmission des caractères ou octets.
Journaux et magazines en tout genre ont été les premiers à pouvoir tirer un avantage certain parmi les médias. L'Internet permettait de publier en ligne et d'archiver les éditions précédentes. Sur une base gratuite en premier et par abonnement par la suite, les médias écrits ont saisi une opportunité toute simple. Tenter d'augmenter leur lectorat et de permettre les réactions sans restrictions, extension des tribunes papier de La Presse ou Le Devoir.
Le groupe Québécor a suivi la tendance des grands regroupements en intégrant à sa base (journeaux, magazines), des entreprises télévisuelles (TQS délaissé au profit de TVA), des entreprises de la nouvelle technologie (Nurun, Canoë, Webfin, Jobboom, Toile du Québec), l'entreprise de cablo-distribution, location vidéos et branchements Internet Vidéotron, la chaîne de disques Archambault et les maisons d'édition (Québec-Livres, Sogides).
De la constellation d'entreprises de médias est né le concept de la convergence, une entité du groupe servant de support promotionnel à une autre, pratique rarement définie en terme flatteur. Elle résulte d'une synergie entre la culture de masse, de créations populaires et mercantiles, la communication, au sens de la persuasion marketing, et enfin l'information, de la tradition des agences de presse et du journalisme de fonction, Québécor, l'adaptation à l'échelle locale de l'aventure de la mondialisation néolibérale des médias initiée par le géant AOL Time Warner.
Québécor s'est donné les moyens pour dépasser ses concurrents locaux dans l'utilisation des nouveaux médias. Les nombreux portails du groupe sont autant de liens et vecteurs du conglomérat. On encourage davantage la réaction en offrant des blogues de chroniqueurs en vue (Légacée, Codère), le caricature de Beaudet, jeux et sondages. Malgré l'effort pour plus d'interactivité, on reste dans la sphère d'une communication dirigiste du diffuseur.
Né de la vague multimédia des années 70-80 (1986), le journal Voir, journal culturel gratuit, s'est adjoint un site Web (voir.ca) qui colle à sa personnalité papier. On encourage les commentaires en ligne qui sont validés avant publication. Les commentaires autorisés gagnent des jetons selon leur qualité qui sont échangés sur mises aux enchères à différents événements culturels ajoutant une interactivité très convoitée. Le dialogue entre membres de type forum est filtré et les commentaires d'un membre donné sont archivés sur une page dédiée en propre.
Les derniers mois ont vu naître un magazine et un journal électroniques à haut volume de visites ; journalmir.com a été lancé par Michel Brûlé des Intouchables, lequel a réuni une brochette de chroniqueurs très médiatiques, aux opinions bavardes et connues de Brûlé lui-même, aux Lester, Legault, Avard. Les réactions non contrôlées deviennent disputes et joutes inintéressantes. Du journal corusnouvelles.com, voir la section Médias radios,...
Médias radios, télés et Internet
Nous abordons le monde des communications des sons et des images animées, beaucoup plus vivant, très dynamique. Le monde de la radio vit les événements dans le feux de l'action, à chaud, mais n'a pas encore réussi à transférer cet avantage à l'Internet. Pour réussir son jumelage, elle doit faire plus, bien au delà du profil des animateurs, de la grille des émissions, la météo ou la circulation, ou l'écoute en ligne même si très prisée hors zones.
Le média est mûr pour les précurseurs. Jeff Fillion l'est-il ? Il semble gagner son pari de rentabilité avec déjà plus de 6000 abonnements. User d'Internet en support de diffusion en remplacement des ondes hertziennes n'est pas novateur. Le président Pierre Arcand de Corus Québec, plus grand groupe radiophonique privé au Canada, est meilleur candidat lorsqu'il déclare : « La radio doit être réinventée dans le cadre d’un jumelage avec Internet. »I
« En l’espace de 10 ans, l’Internet s’est classé au même rang que les journaux dans les habitudes quotidiennes des Québécois », corusinteractif.com, Pierre Arcand, a-t-il déclaré lors du lancement de corusnouvelles.com le sept février dernier ; « D'ailleurs, une récente étude de la firme Nielsen/NetRatings démontre que près d'un lecteur de quotidiens sur cinq préfère maintenant lire l'édition en ligne des journaux plutôt que la version papier. » sic
Les paroles s'envolent, les écrits restent. Le son, la voix, médiums riches, peuvent se jumeler à l'écrit par le biais du Web par des transcriptions et réactions à chaud, pour en décupler la portée. Les paroles sont porteuses d'émotions mais vite oubliées bombardés que nous sommes de toutes parts. Des moments riches de vie sont anéantis dans un flux continu. L'Internet peut contribuer à la mémoire, prolonger la participation aux débats du jour.
Des comptes rendus des sujets de discussion en onde peuvent être repris en ligne de façon dynamique. Les auditeurs y transcrivent des commentaires et poussent les débats plus avant. On estime à seulement une personne sur dix disposée à appeler une station pour émettre une opinion alors qu'au moins sept familles sur dix sont branchées. Le contact direct avec les auditeurs par les tribunes et lignes ouvertes de la radio connaît ses limites et contraintes de temps mais elles peuvent être contournées via l'Internet en y combinant les avantages de l'écrit.
Cette brève revue ne serait complète sans parler du portail de Radio-Canada qui fait flèche de tout bois de sa position mi-figue mi-raisin dans notre paysage médiatique. Radio-Canada est un conglomérat de l'information au même titre que Québécor ; les deux disposent d'un réseau télé mais celui-ci détient aussi l'écrit qui appuie sa télé avec succès ; celle-là la radio qui va mieux que sa télé et qui en réduit sa portée ; celui-ci est du privé ; celle-là du public ; voilà pour les points d'ancrage mais aussi les points de répulsion ; raisons de leur distanciation.
Radio-Canada fait usage d'outils technologiques de dernier cri. Le logiciel ZapMédia permet de réécouter des séquences radio ou de la télé très près de la qualité du petit écran. La chaîne radio fait un usage extensif de la technologie PodCast en lien au baladeur de l'heure ; le iPod. Malgré les réactions des utilisateurs encouragées partout sur le portail, on pèche par la dimension accordée au son et à l'image et aux gadgets. On ne saisit pas le crédit de l'écrit tout en ayant compris l'importance à donner à un portail qui voit large et distance la concurrence.
Nul ne peut présager des avancées futures de l'Internet et il interagira sûrement davantage avec la télévision dont l'impact reste limité pour l'instant. Mais aucune contrainte technologique empêche la radio d'y jouer un rôle beaucoup plus pro-actif. Par les sujets traités, elle s'insère dans tous les débats de l'heure et son extension via l'Internet la rendra une plateforme de choix pour devenir le point de toutes les chutes pour connaître les points de vue de tous et y ajouter le sien. Une seule mise en garde s'impose : la gestion du trafic pour éviter le free for all.
L'Internet est à l'heure actuelle un méandre de dédales difficile de s'y retrouver. Le meilleur et le pire s'y trouve et c'est une lutte entre tous les joueurs pour devenir un leader. Cette position revient tout naturellement aux portails des diffuseurs de la radio en y ajoutant forums, fils des discussions en onde, rolodex des blogues du jour, etc.
Les forces de l'Internet
Le monde de l'écrit, premier à sauter, a atteint la limite de ses possibilités dans l' intégration avec l'Internet. La radio est tout désignée pour prendre avantage des outils disponibles sur Internet. Les plus anciens, les babillards qui sont devenus des forums, les lignes de clavardage (chat) sont déjà bien implantés. Le dernier né, le blogue, a connu une progression fulgurante en 2005. « Le 31 décembre 2006, il y aura plus de 50 millions de blogues dans le monde, deux fois plus que le 1er janvier. »II Déjà, un Français sur dix est branché sur la blogosphère.
Ils étaient six millions de Français en novembre 2005 mais en mai, il y avait seulement « 2,7 millions de sites personnels sur Internet, en majorité créés par des adolescents. Cette communauté, la « blogosphère », s'est muée en espace de débat et d'affirmation de soi. « On peut parler de réappropriation de la démocratie », affirme un sociologue. »III La France traverse une grave crise de morosité, ce que traduit et est combattue par les blogues.
Le Québec est autant mal en point. On peut arguer que les médias s'éloignent de leurs rôles de chien de garde : « Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce « quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. » ; « En effet, les trois pouvoirs traditionnels — législatif, exécutif et judiciaire — peuvent faillir, se méprendre et commettre des erreurs. »IV
Le manque d'emprise sur la vie en société est transcendé par les moyens dont disposent les citoyens et les blogues sont le moyen de l'heure par leurs disponibilités et facilités. La tendance est à la contribution personnelle, au contrôle exercé sans entrave aucune, de coûts ou autres. « L’un des droits les plus précieux de l’être humain est celui de communiquer librement sa pensée et ses opinions. » sic La blogosphère se mue en cinquième pouvoir.
Le monde radiophonique, notamment le AM au Québec, vit des heures difficiles. La chance lui est donnée de reprendre son rôle de leader grâce à l'Internet. « Sans être nostalgique, il n'est pas certain qu'on reverra l'âge d'or de la radio, [...] Mais il suffit parfois d'une bonne idée. » Pierre Arcand. Lorsqu'on parle de la beauté de l'effort, de la valeur du travail dont on retire les fruits, ne parle-t-on du libre marché, où les valeurs d'initiative et d'innovation sont récompensées ? La radio privée est le plus bel exemple où cela s'exerce encore et doit durer.
Paul p. Pluteau/PpP
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