Écho populaire

L'Écho réverbère ; il éclaire ; P p. P ...
10 avril, 2006
L'économie de la richesse, un stimulant ou un éteignoir ?
ppp@videotron.ca

FINAL

Nous marquons aujourd'hui les premiers six mois de Écho populaire. Que de sujets abordés, du dernier traitant du rôle des médias, aux questions politiques et économiques. Les positions ont été exposées avec le plus d'honnêteté et d'originalité possible. C'est notre façon de faire oeuvre utile et de justifier notre tribune. Nous n'y dérogerons pas aujourd'hui ni dans l'avenir.

Le temps n'est pas à la célébration pour autant. Si une volonté s'est développée tout au long des chroniques, c'est celle de ne pas simplement commenter mais qu'une fois les constats établis, il fallait apporter des idées originales en guise de solutions potentielles. L'oeuvre n'est pas simple ce qui fait qu'elle soit si rare ou si peu reprise jetant une dose de chagrin sur la fête.

Nous ciblons un sujet qui taraude depuis longtemps pour étayer cet état de fait et pour clore ces premiers six mois de labeurs ; celui du peu de critiques et de suggestions pour améliorer notre vie économique. Pourtant, il engendre le mieux comme le pire : le dépassement, l'ex­quis, comme la convoitise, les fourberies. On s'y oppose si peu et on souffre de le corriger.

Des exemples ? André Bérard, ex-pdg de la Banque Nationale qui a été condamné à 16 000$ d'amende pour délit d'initié par l'AMF (Autorité des marchés financiers) sur des transac­tions du titre de CGI. Paul Coffin, un des acteurs du scandale des commandites, qui a vu sa peine commuée à 18 mois ferme de prison renversant un premier verdict trop clément de 24 mois moins un jour à purger dans la communauté. Les exemples se suivent et se multiplient.

Si le dernier a soulevé l'ire de la population justifiant la révision de son verdict, le premier n'a jamais été questionné dans l'oeuvre de rentabilisation abusive de la Banque Nationale pour laquelle il recevait des émoluments de 1 million $ par année. Vrai qu'il ne faisait que suivre l'exemple des autres grandes banques canadiennes mais pourquoi, à la retraite grassement payée, lui et ses émules continuent-ils à vouloir s'enrichir sans fin et par tous les moyens ?

Les banques jouissent de la complicité du gouvernement fédéral dans ce laisser faire. Autre exemple ? L'arnaque du retour de faveurs à des « investisseurs privés » de la vente du Mont Orford par le gouvernement provincial. Ce qui est plus choquant, c'est qu'on ne se suf­fit plus de magouiller en privé mais on s'acoquine aux gouvernements pour en tirer des béné­fices personnels aux dépens de tous. Rien de neuf dites-vous ! Oui sauf pour la crue de sans-gêne.

Pourquoi tant de blâmes (mérités) pour la chose politique par tout un chacun alors que la chose économique est rarement questionnée avec autant de sévérité. D'au­cuns vont critiquer la politique tellement qu'elle en souffre d'un large désaveu. Aucun apôtre de l'écono­mie de marché s'en prend ici aux privilèges et aux abus, si ce n'est du bout des lèvres. Le texte précédent concluait « [...] les contourner, un must. » Cela va aussi pour les silences calculés.

Critiques constructives
Michel Tremblay dit ne plus croire à la souveraineté tant que l'économie est au sommet des priorités. On peut attribuer cela à des pérégrinations d'artistes qui n'accordent pas tou­te l'importance à la chose économique. Mais un artiste de la trempe de Tremblay connaît l'a­vantage de la mise en valeur de dons personnels pour se réaliser et assurer son mieux-être.

Cela n'est pas différent de l'entrepreneur et de l'exploitation d'une entreprise. En substance, la propension à la libre expression de Tremblay n'aurait sûrement pas fait sa fortune au sein d'une entreprise commerciale et il aurait pu tout aussi bien se retrouver devant un échec pers­on­nel de sa vie s'il n'avait eu la motivation d'exercer son talent comme bon lui semblait sans se soumettre à d'autre autorité que la sienne. L'innovation, c'est aussi l'anti-conformisme.

L'économie de marché a des paradigmes conformistes qui définissent tout selon des règles prescrites. Des critiques sévères peuvent aussi lui être adressées mais toujours occultées :

Nos commentateurs, critiques et journalistes locaux n'ont pas les mêmes contraintes quand vient le temps de rapporter les mêmes phénomènes aux É.-U. qui sont là-bas, élevés à la puissance dix. Excellent article de Richard Hétu, collaborateur de La Presse dans l'édition d'hier : La chute des républicains. Hétu nous a habitué à des exposés sensibles et vibrants de la vie étasunienne et il y a même commis un livre en 2002 : La route de l'ouest, VLB

Richard Hétu relatait de la chute de Tom DeLay « précipitée par une enquête sur un vaste système de trafic d'influence, qui constitue un des revirements politiques les plus specta­culaires des dernières années à Washington. » Des républicains, il déclare « ils tombent sous le poids de leur arrogance, de leur incompétence, voire de leur malhonnêteté. »

Bush passe dans la même moulinette de bois morts : « Les dernières révélations [...] font passer le président, au mieux, pour un bel hypocrite. » ; « [...] George W. Bush, dont la présidence est truffée de scandales, de la torture aux écoutes électroniques sans mandat, en passant par le dossier des armes de destruction massive. » Pas de quartiers pour DoubleV.

Jooneed Khan rapportait la veille un nouvel opus sur les É.-U. : Why We Fight. L'article rappelle la prophétie d'Eisenhower et du Complexe militaro-industriel. « Méfiez-vous de son influence croissante sur le choix et les décisions de vos élus, disait-il. » « Eisenhower était un militaire, mais comme président il se souciait de bâtir des écoles et des hôpitaux [...] ».

« Or les dépenses sociales baissent et le budget militaire augmente. Le scandale de Katrina montre qu'on a négligé La Nouvelle-Orléans pour financer la guerre en Irak. Les violations des droits, les détentions secrètes, les tortures, les mensonges officiels se multiplient, nos libertés civiles sont minées, nous sommes engagés sur une pente dangereuse. » L'auteur « croit cependant à la vigilance citoyenne à laquelle Eisenhower exhortait en 1961. »

On se met à souhaiter que nos critiques et journalistes soient aussi transparents et incisifs quand ils exposent les faits ici et tout spécifiquement pour le Québec. Les deux journalistes ci-avant n'ont aucun intérêt à préserver sauf la vérité à dévoiler. De plus, leurs origi­nes exté­rieures du moule québécois « de souche » les parent du pathos de berger du troupeau égaré.

Critiques à effets nuls
Nos critiques attaquent les sacro-saints dogmes de la sociale-démocratie. Celle-ci serait un frein à la richesse collective. Mais serait-ce la leur ? Le néolibéralisme planétaire est servi à toutes les sauces pour justifier la réduction des programmes de partage et de redistribution parce que trop coûteux. Nous en fûmes aussi mais pour dénoncer le gaspillage et les abus de pouvoirs. Certains critiques gardent une dose d'impartialité et d'honnêteté intellectuelle.

Michel Kelly-Gagnon distribuait son bulletin de performance au gouvernement Charest la semaine dernière — Journal de Montréal, 5 avril 06 — en lui allouant une note de 6,5 sur 10. Venant du président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), le verdict est sévère. La très grande majorité des Québécois serait beaucoup moins généreuse. Il ne questionne pas les intentions mais la manière, le recul devant les pressions des lobbies subventionnés par l'État.

En poste depuis une seule semaine, Kelly-Gagnon, 34 ans, défonce les portes et les tribunes pour demander moins d'interventionnisme et plus de fermeté dans les politiques néolibérales du gouvernement. Il exhortait auparavant depuis sa présidence à l'Institut économique de Montréal (IEDM) pour balancer des idées tantôt sensées, tantôt étouffant la libre expression :

« Dans un régime de subventions, les entrepreneurs courent le risque de devenir plus efficaces à faire du lobbyisme qu'à produire des biens et des services. » L'illogisme des subventions, Les Affaires, 14 mai 2005 ; « Bref, il s'agirait d'une société où l'expression «vivre et laisser vivre» prendrait tout son sens et où le pouvoir des bien-pensants au prêchi-prêcha répressif serait limité au maximum. Le Québec idéal, Les Affaires, 04 mars 2006

Kelly-Gagnon, avocat, y avoue son peu de compétence en matière économique en ajoutant « selon ma vision d'autodidacte, l'approche économique consiste tout simplement à étudier l'impact des incitations sur les choix des individus ». sic En introduction, il paraphrasait « le philosophe Robert Nozick pour dire que le Québec idéal de l'avenir serait un endroit où « au­cun acte capitaliste entre adultes consentants» ne serait interdit. » sic Ils oublient et informés.

Kelly-Gagnon jouit d'habiletés indéniables pour assurer sa fortune et celles des causes qu'il défend : son agressivité et son minois, attributs très prisés dans notre système économi­que. Ils le sont en priorité sur la justification économique ou la validité des causes. Ceux ne possédant pas ces attributs innés mais d'autres moins monnayables en seront nécessai­rement amoindris dans leur réussite personnelle, donc des acteurs moins bien considérés.

Une question demeure. Doit-on laisser toutes les coudées franches aux entrepreneurs ? Ceux qui le préconisent, à la Kelly-Gagnon, sont des privilégiés par la nature ce qui les sert très bien. Ils parlent en leur nom avec peu d'égard aux sorts des moins bien pourvus ou qui refusent la sujétion à des pairs ou à une société du tout à la consommation et du dieu dollar.

Surtout, pourquoi ne proposent-ils pas des solutions économiques à des problèmes qu'ils disent nuire à l'économie plutôt que de s'en prendre seulement à l'action gouvernementale ? Deux exemples en titre : Nathalie Elgrably, chroniqueuse au Journal de Montréal, collabora­tri­ce de l'IDEM et qui vient de lancer La face chachée des politiques, Logiques ; le chroni­queur Alain Dubuc de La Presse qui vient de faire paraître Éloge de la Richesse, Voix parallèles.

Critiques contre-productives
Les propagandistes du tout au privé nuisent à leur propre cause en n'ayant de cesse de s'en prendre à un juste transfert de l'avoir collectif. Ils bûchent sur les gouvernements dont l'un des rôles est de pourvoir à un minimum d'égalité des chances en outre par la redistribution de la richesse. Des critiques valables se perdent dans un déluge d'attaques souvent personnelles.

Quand il est question du Québec, ils sont prompts à colporter des clichés éculés et simplistes « de vieux fond catho anti réussite économique », ironisent sur l'usage du mot petit « Québé­cois nés pour un p'tit pain, bon p'tit Québécois, la p'tite madame, la p'tite vie, etc. », quand ce n'est pour galvauder sur les vieux fonds d'envieux et d'hargneux des Québécois. Eux en sont exemptés, bien sûr ! Façon singulière d'insulter ceux qu'on dit vouloir le bien ! Les leurs, alors ?

Nathalie Elgrably, dernière-née sur la scène des commentateurs, rappelle, par son ascension en météorite, ses écrits, sa physionomie, à une autre critique, elle aussi opérant dans un jour­nal en vue et jouissant de l'appui de son éditeur : Diane Fran­cis du National Post, « mange-séparatistes », se prétendant aristocrate, épouse de Conrad Black de Hollinger Inc. Ousp !!

Dans son dernier épître avec synopsis sur argent.canoe.com, elle décline une série de my­thes en autant de chapitres, le plus explosif, « Salaire minimum/Chômage maximum », my­the 5. Madame veut seulement, purement et simplement, la fin du salaire minimum. Il « gonflerait les coûts de l’entreprise, freine l’embauche de travailleurs et favorise la sous-spécialisation. »

Extrait exclusif Web : « Dans le merveilleux monde de la politique, on a intérêt à refiler la facture à celui qui ne présente aucune menace pour le politicien et à satisfaire les demandes de celui qui possède un poids électoral.» (p. 165) Autre extrait et élan de lucidité : « Il n’est pas exclu que certains travailleurs reçoivent des salaires de famine au début. [...] » (p. 167) Ne parlons pas du mauvais néologisme « EAUsez y réfléchir » mythe 7 défendant la priva­ti­sa­tion et la vente d'eau. Ignore-t-elle le tumulte d'Atlanta et l'abandon du contrat avec Suez ?

Alain Dubuc se passe de présentation. On ne parle plus de critiques acerbes ici mais bien de vicieuses. Pourrions-nous aussi ajouter celle d'un commis de service qui en ajoute plus que le client en demande ? Les opinions extrémistes coulent d'un penchant malsain de choquer à dessein et jouir de la cohue créée. Dubuc aspire être leader des néo-conservateurs locaux.

Son discours est larvé d'incongruités. Voici justement une petit comptine que nous lui adres­sions le 19 nov. 05 suite à une autre des ses diatribes biaisées, celle-là traitant de la révolte des banlieues en France : Même combat ; Lecture morne, sans borne, lecture pénible, à s'endormir. Âme sensible, veuillez s'abstenir. Veuillez ne plus écrire, pour éviter de vous lire.

Monsieur persiste et signe dans un dernier ouvrage sur l'éloge de la richesse revu et com­menté dans une pleine page de La Presse par Rudy Lecours, 8 avril 06. Saluons les signes ostentatoires de la richesse, les mercedes dans les rues, les bavures et parjures des corpo­rate bums, ils vont en faire profiter toute la société ! S'il est vrai que le « revenu dis­ponible moyen des Québécois est parmi les plus bas » en Amérique du Nord, quant est-il du revenu médian ? (découpe la population en deux tranches de 50 %, l'une sous et l'autre sur la barre)

Qu'il s'attaque à l'enflure bureaucratique des gouvernements, nous en sommes. Nous diver­geons sur les méthodes pour la contenir. Qu'il utilise, économiste de formation, un indicateur trompeur tel la moyenne plutôt que la médiane, relève du cynisme intellectuel. De toutes les critiques qu'il s'attire, on voudrait entendre Jeff Fillion le varloper comme il l'a fait, de bon aloi, sur son acoquinement avec l'ex-maire L'allier de Québec lors de sa purge de Montréal.

Devoir de suggestions
Nous avons parlé d'évolution naturelle dans le texte précédent, concept abstrait. Nous y reviendrons mais pensons à la main heureuse de Bob Gainey dans ses décisions ou au momentum qui fait rêver les a­mateurs du Canadiens. En terme économique, ce serait l'adhé­sion d'emblée à une pratique d'inclusion comme l'engouement pour le partage des bénéfices.

À l'inverse, les bonis aux rendements que seul les diri­geants reçoivent pour sévices de coupu­res à la tronçonneuse est contre nature sans que mot se dise. Ni pour l'égoïsme, les tricheries d'un Vincent Lacroix, d'un Conrad Black et cie, cautionnant du silence ogres et mange-petits.

Les rappels à l'ordre sont faits. Nous revenons à notre devoir de suggestions. Ils ne le font pas ! Nous le faisons. Nous osons proposer une meilleure répartition de la richesse selon les tranches de revenus annuels en accord avec ce que nous écrivions le 8 mars 06 ; Coup de barre... L'esquisse s'en tient au statu quo, avant compressions budgétaires gouvernementales.

Les prémisses sont : un revenu moyen familial annuel de 80 000 $ ; un taux d'imposition progressif ; les taxes TPS+TVQ remboursables aux tranches inférieures ; des impôts payés à toutes les tranches de revenu ; (Voir tableau ci-après ; données arrondies par souci de clarté)


Cette simulation simplifie les tables d'imposition où tous participent au mieux-être collectif dans la mesure de leurs moyens. Les revenus supérieurs contribuent davantage sans possi­bilité d'y échapper mais les revenus inférieurs fournissent aussi leur part sans les étrangler.

Cette suggestion, sans être applicable telle quelle, comme les autres des derniers six mois, ouvre une voie en terrain neutre pour que tous les acteurs puissent s'y rejoindre. Une cons­tance demeure dans notre démarche. Celle de se placer au centre des débats, sans a­liéner personne. La voie médiane et du gros bon sens ne cessera d'être notre position de choix.

Paul p. Pluteau/PpP

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