

L'Écho réverbère ; il éclaire ; P p. P ...FINAL
Les bouleversements du monde radiophonique se poursuivent. Après d'autres nombreux changements d'antennes, voici que Christiane Charest remplace Bazzo à la radio de la SRC à l'automne. Voilà peut-être la meilleure nouvelle de tout le lot. Plus versatile, Charest va sûrement renouveler le genre et offrir une alternative moins élitiste à la radio privée.
Nous poursuivons notre couverture médiatique mais celle-ci devient tout aussi désolante que celle des milieux politique ou économique. Il y a une raison très simple à cela. Ils sont dirigés et animés par des Québécois qui partagent les mêmes traits de caractère que dans tous les autres domaines. Quoique qu'on peut toujours compter sur quelques irréductibles pour maintenir la barre, nous réabordons ici le trait conservateur effleuré dans le texte précédent.
On y parlait bien aussi du talent d'innovation des Québécois, sujet beaucoup plus réjouissant. Mais il faut évaluer si ces deux traits s'équivalent ou lequel est le plus fort. Le constat penche vers l'affligeant. C'est d'autant plus évident à l'écoute de la radio, notamment de la radio d'opinions ou parlée de Montréal. Allons-y progressivement, en ordre croissant, du moins pire au pire du pire, là où les auditeurs subissent des lobotomies, le décervelage, et l'endoctrinement.
Gare à ceux qui veulent s'en défendre sur les tribunes. On ne devrait s'opposer aux idées, le dire haut et fort. C'est crois ou meurs. La soumission immature, la béate obéissance religieuse persistent toujours. Il faut rentrer dans le moule sur les ondes, conforter l'animateur ou se voir bafoués par lui ou les appelants suivants. C'est l'arme des simples d'esprit qui ont subi et perpétuent les mauvais traitements. On reste à l'état du primate, incapables de relèvement.
En quoi le conservatisme québécois est-il si évident, comment le définissons-nous au juste ? Nous parlions au texte précédent d'une « incapacité de faire un examen de conscience et d'apporter, lentement mais sûrement, des correctifs qui s'imposent. » C'est d'entêtement, d'enlisement dans des comportements déviants dont il s'agit, de blocages rendus malveillants s'ils leur sont relevés par autrui, ne pouvant être que des mécréants. Tout est refus et dénis.
Tout cela est consternant ! L'écoute de la radio en fait la preuve quotidiennement. On use d'aucun artifice pour dissimuler, pour détourner de son être réel. La parole est le reflet de la pensée. Mise à nue par la radio, on l'utilise comme arme pour assujettir au lieu d'éclairer. S'il pouvait s'agir davantage du second que du premier, le Québec ne serait pas tant sclérosé. À sans cesse se buter à la contrariété, on ne peut cibler et s'activer à l'amélioration de son État.
Nous poursuivons donc notre couverture des médias, radio cette fois-ci, mais plus pour se désoler de l'infantilisme qui y règne. Un amateur laisse ses penchants personnels déteindre sur ses opinions. Un professionnel ne détient pas une si haute opinion de lui-même pour croire qu'il sera aimable et apprécié juste en jouant de sa personnalité. Il aura développé sa maturité d'esprit sans se rabattre sur des confrontations futiles et nourrir des débats puérils.
98,5FM
Nous rappelons ici les propos de Pierre Arcand, président de Corus Québec : « Sans être nostalgique, il n'est pas certain qu'on reverra l'âge d'or de la radio, [...]. Mais il suffit parfois d'une bonne idée. » Le merveilleux monde des médias jumelé au Web ; 18 mars, 06. On semble incapable de trouver la formule. En tout respect, la solution pourrait se trouver dans des points de vue mitoyens, trouver un juste milieu, ne pas exacerber les hargnes et sentiments douteux.
Corus est propriétaire des deux stations d'opinions les plus importantes à Montréal : celle en sous-titre et CKAC730 AM à la section suivante. Pour le 98,5, le verdict est toujours en suspens. Des trois vedettes maison du matin, midi et retour à la maison, c'est certainement le professionnel de la radio du matin, Paul Arcand, qui s'en tire le mieux. Son départ a été lent mais son coup médiatique avec le film Les Voleurs d'enfance, lui a redonné de l'élan.
Ce qui nous amène aux deux autres animateurs, Gilles Proulx du midi et Stéphane Gendron en soirée. Proulx est en fin de carrière et son style coloré ne parvient pas à dissimuler des lacunes très graves sur le plan personnel. Il est arrogant, bigot, sarcastique et anachronique. Il a fait sa marque pour la qualité de son français ; aussi par la menace de « flusher » qui osait le débattre. Qui n'a pas subi sa subtile mais tout autant directe verve railleuse et moqueuse ?
Mais pourquoi, à l'orée de la retraite, pour les vacances de l'été, c'est souhaitée, confond-t-il gaieté de coeur avec aigreur, élitisme avec populisme ? Il galvaude des clichés archi usés tout en se disant cultivé. Serait-il le prototype de sa génération ? Se butant à l'incapacité des siens à le comprendre, il a sombré dans la querelle, versé dans l'hypocrisie. Comme d'autres très éprouvés, il a dégénéré par le litige dans ses rapports avec l'inconnu et dans l'amertume.
Pour en saisir l'étendue, il faut connaître son objection acharnée à la venue sur les ondes de son collègue du soir, Stéphane Gendron. Il a exposé ses craintes d'être délogé et les a grossies à l'auge de la confrontation. Encore cette semaine, il déclarait : « Stéphane Gendron nage dans l'argent, dans les médias, il est populaire [tout à fait, tout à fait]. Il a déjà dit qu'il n'haïssait pas l'ADQ, moi je le félicite d'avoir dit ça ! [...] Mais M. Gendron peut se contredire car il change d'idée parfois, [tout à fait, alors..]. Alors, il ne suffit que de traverser la rue pour changer d'idée [tout à fait]. Ce qui est vrai aujourd'hui ne l'est pas nécessairement demain. »
Gendron est plus homme de son temps, dans la trentaine, malgré des failles, lui aussi bien évidentes. Deviendra-t-il la pâle copie de son aînée ou saura-t-il influer sur son parcours pour en changer la trajectoire toute tracée ? Il en a la capacité malgré les nombreux blâmes qu'il subît sur les ondes. Un auditeur l'en suppliait presque cette semaine : « J'ai hâte que vous preniez un peu de maturité, que vous ne généralisiez pas à partir de vos états personnels. »
À un autre il déclarait : « Les tribunes téléphoniques, c'est un exutoire. » À tel autre qui le lui reprochait, il rajouta : « c'est un déversoir, un reposoir. » Cela n'était pas le pire. Il associa même le FLQ, un groupuscule, à la mouvance extrémiste musulmane internationale. Devant les objections répétées qu'il colportait les pires calomnies des Anglais envers les Québécois, il refusa d'en démordre et déclara : « Y'ont raison les Anglais. [pourquoi ?] Bien parce que ils sont plus intelligents. » ce à quoi l'auditeur lui répondit : « Un peu plus que nous autres.
« On l'accorde, d'accord. » Gendron craignit de voir ses propos associés au racisme du doc Mailloux, et l'auditeur de lui dire : « L'Histoire est toujours du côté des vainqueurs. » Autre objection de sa part que nous aurions passivement subi la Conquête en 1759. « C'est tout. » sur quoi il fut encore débattu : « C'est vrai, les Québécois, qu'on a beaucoup à apprendre. [...] Il faut évoluer dans la vie-là. Mais jamais je laisserai dire des calomnies sur les ondes. »
Triste échange lancé sur des élucubrations et refus de l'admettre publiquement. Malgré tout, l'humeur était respectueuse de part et d'autre. On fait ici dans l'information spectacle. Gendron aime les parties de ping-pong avec l'auditoire ; elles tournent souvent en Ding et Dong. Il nourrit délibérément la controverse mais à trop divaguer, à manier la langue comme « l'épée on doit périr par l'épée », Les héritiques. Sombrera-t-il avant même d'accomplir sa destinée ?
CKAC730AM
Le monde du AM subit des heures plus que sombres sur les ondes françaises. Il en est tout autre du côté anglais. Pourquoi ? Parce qu'il a été dépouillé pour le FM. Combiné à une rareté de talents, c'est la disette. Le plus bel espoir de toute radio confondue, Mario Langlois, a lui aussi déserté pour la télé de la SRC. Son remplaçant, Pierre Trudel, fait une radio légère.
Nul besoin de trop s'attarder ici. On ne semble tout simplement pas saisir chez la direction la résilience des auditeurs qui restent fidèles au AM ; et ce ne sont pas tous des dinosaurs. Outre le sport qui y est très bien servi et très populaire, tout le reste de l'antenne est à revoir.
On confine encore des personnalités comme Cournoyer et Larose à des face-à-face simulés. On sous-estime la portée des tribunes qui sont souvent désertées. Les sujets abordés sont trop souvent collés sur une actualité insignifiante. On se complaît à un rôle de second violon.
Mais le plus navrant à cette antenne est de promouvoir et de stimuler une controverse de bas étage animée, en outre en après-midi, par un gourou inculte et ignare. Il confond le langage ordurier à une parole choc qui, pour provoquer le changement, peut ébranler. Ses dix années à l'antenne prouve son attrait auprès de l'auditoire. On est ici dans le domaine de la secte.
Nous avons nommé doc Mailloux. Sa propension à nourrir un égo et se vautrer sous les projecteurs est de l'ordre du maladif comme plusieurs de ses congénères, originaires de la même région. Nous abordions la chose déjà en parlant de Solange Harvey : « [...] une propension démesurée à se mettre sur la sellette par tous les moyens sans qu'on y gagne au change. La liste, à commencer par les Mailloux, Larouche, Tremblay, Raymond, Pedneault, etc. est trop longue pour n'être que le le fruit du hasard. » Anne-Marie Péladeau, aléas [...], 24 oct., 05.
Il faut revenir à Arthur Buies, texte précédent, pour trouver un début de réponse. Mais les montagnes et le roc de ce coin reculé ont généré plus que des attitudes conservatrices. On y patauge dans le consanguin héréditaire, de la pensée unique si profondément ancrée qu'elle devient la Vérité. Ses habitants se sentent investis de la propager sans imaginer les hérésies.
CJMS1040AM
Nous tombons maintenant dans la catégorie des rustres et frustes, des gaurs faisant dans les propos gores. Ce n'est plus de la radio mais un gong-show. On entend constamment des insultes du genre trou du cul en onde de la part des auditeurs sans que l'animateur vedette du midi, Maximilien Bradette, s'y objecte. Son co-animateur, Benoît Bélanger, utilise la même épithète hors des ondes en parlant à un auditeur et il lui reproche d'être « un bel hypocrite ».
Les opinions ne pourraient être plus déclarées ici présent. Cette station, malgré quelques intérêts, fait dans le populaire pour ne pas dire vulgaire ; le populeux, le sulfureux. Le co-animateur du matin, Gary Daigneault, qui insiste sur la prononciation anglaise de son nom en bon acculturé, quitte la station la semaine prochaine. Il se plaît, depuis l'annonce de son départ, à faire de l'humour avec un certain succès. Il faut entendre l'imitation qu'il fait de Bradette pour l'appel aux auditeurs d'appeler en onde. C'est un règlement de compte, une guerre de coqs.
Dire que l'animateur vedette du matin est nul autre que Lucien Frenchie Jarraud qui, agé de 82 ans, signe là une bien triste fin de carrière sur des ondes indignes. Sa culture profonde contribue malgré tout à relever le niveau de respectabilité et il est tout de même bon à entendre. Autre exemple d'insignifiance : la distinction que fait Daigneault entre écouter et entendre.
Selon lui, écouter serait le bon mot parce qu'il permettrait de répéter les propos correctement le lendemain alors qu'avec entendre, ils seraient rapportés tout croches ! Heum !! Un auditeur lui a bien fait comprendre que c'est plutôt entendre qui importe parce qu'il fait le bon lien avec comprendre. Écouter est galvaudé au sens québécois ; confondu avec le mot obéir ; assimilé à une obéissance aveugle si répandue telle qu'élaborée ci-avant. Peut-être l'aura-t-il compris ?
S'il a entendu avant bien sûr ; c'est à douter fortement. Malgré tout, il n'est pas dans la catégorie des têtes de pioche, des bornés des collègues du midi. Les propos qu'on y entend là sont dangereux. Dans la foulée des arrestations d'extrémistes de Toronto, tous les propos haineux ont été déversés. Bradette n'est pas sans talent, mais à l'image de Gendron, quoique à un niveau nettement supérieur, irrécupérable, il confond authenticité et pertinence de ce qu'il dit.
Il n'a aucune capacité de seconde réflexion, de relativiser et de se questionner à l'auge d'une opinion contraire. Elle ne peut qu'être rejetée en bloc, rabaissée et dans son cas « chiée d'ssus ». Originaire aussi du Lac Saint-Jean, il est le dernier venu sur la scène montréalaise à venir nous faire la leçon de ses inepties intellectuelles. Un vrai cancre qui ne peut rien comprendre ; pire il croît dur comme fer qu'il a raison tel un buffle, un mufle, un batracien béotien.
La responsabilité à tout ce cirque incombe bien sûr à la direction, ignorante de sa responsabilité d'orienter les débats sur des échanges valorisants pour la communauté. Pire elle associe un co-animateur tout autant ignorant avec Bradette. Assez de cette triste nausée à satiété.
Difficiles débats
On ne maîtrise pas l'art des débats au Québec. Ils devraient faire évoluer vers des positions plus neutres et non servir à nourrir les égos. Le monde de la radio est encore le meilleur endroit pour en faire l'apprentissage et une meilleure orientation doit être encouragée. Pourquoi les dirigeants des stations n'en saisissent pas la portée est trop consternant pour l'énoncer ?
Nous avons proposé des suggestions de juxtaposition de la radio au monde de l'Internet en y associant des tribunes et de l'archivage : Le merveilleux monde [...], sic. Trois mois plus tard, l'idée a été reprise dans plusieurs textes ; des démarches ont été entreprises ; et tout reste à faire comprendre. Nous nous butons à des gens qui parlent à sens unique et n'entendent rien. Et dire qu'ils se désolent de l'insignifiance, de la non-rentabilité de leurs médiums. Tant pis !
Bien sûr, tous ces gens ont des égos plus gros que la Sun Life. Comment une démonstration valable pourrait provenir autrement que d'eux ? Et inutile de même faire allusion que, malgré quelques succès professionnels, ils ne seraient pas là où ils sont aujourd'hui s'ils n'avaient pas quelques talents, ils sont totalement impuissants quand vient le temps de s'autoévaluer.
On a bien là le reflet de la société dont ils sont issus ; soit comme dit Gilles Proulx, composée d'une majorité de « maternés par le « gouverne-maman » , assis dans leurs chaises hautes » qui attendent au lieu d'entreprendre. Mailloux dirait « pleutres, « ti-casse » ». Trop dégradant !
Malgré tout, nous continuerons à rester des auditeurs fidèles tout comme à lire les médias écrits sur support papier. Un peu mieux, ils ont pour seule retenue qu'ils oeuvrent par l'écrit et qu'il reste. La télé, n'en parlons pas. Nous conclurons comme Nathalie Petrowski : « [...] : la télé, c'est bien, mais la radio c'est bien meilleur. » Le retour de Christiane, La Presse, 9 juin, 06.
Paul p. Pluteau/PpP | Pour revenir au menu |